Les racines de
l'antisémitisme
Partie II
Avertissement : Primo Europe vous
propose une longue étude sur les racines de
l'antisémitisme. Pour des raisons de lisibilité, nous
avons scindé cette étude en deux parties. Nous ne
pouvons que vous encourager à utiliser la fonction
"imprimer" disponible en bas de document afin de lire
cette étude rigoureuse. Un document de référence réalisé
par Jean-Daniel Chevalier !
III - L'ANTISEMITISME
POLITIQUE
L'antisémitisme
politique se trouve principalement dans deux familles
opposées : l'extrême-droite et l'extrême-gauche. Mais en
y réfléchissant nous nous apercevons que cet
antisémitisme politique provient en fin de compte de
pensées ayant beaucoup de choses en commun. Il s'est
nourri de l'anti-judaïsme philosophique abordé
précédemment. Nous trouvons dans l'antisémitisme
politique, qu'il soit d'extrême-droite ou
d'extrême-gauche, que les Juifs sont ennemis de
l'humanité. Ils ont un rôle néfaste dans la marche du
monde. La relation entre les Juifs et l'argent est au
cœur de l'argumentaire antisémite politique.
Déjà au
Moyen-Age, la luxure des Juifs et leur prétendu goût
immodéré pour l'argent étaient invoqués dans les
discours anti-juifs. Le Concile de Latran en 1215 avait
interdit presque toutes les professions aux Juifs,
hormis le métier de la banque interdit aux chrétiens.
Plus tard,
dans une société européenne largement imprégnée
d'antisémitisme, Shakespeare, dans " Le marchand de
Venise ", montre Shylok, un usurier juif inflexible. A
quelqu'un qui lui doit de l'argent et ne peut lui
rembourser, il exige qu'on lui prélève une livre de
chair sur son corps en paiement de sa dette. Cet
argument anti-juif ainsi abordé était somme toute assez
banal à l'époque. L'histoire est vraie ! Mise à part que
l'usurier était ...catholique.
Aux sources de
l'Extrême-gauche.
K.
Marx, qui cultivait un anti-judaïsme militant, traita le
sujet dans "La question juive" (1843). Pour lui, le
judaïsme contient un " élément antisocial, général et
actuel "(11). Cependant c'est le caractère
profane des Juifs qu'il combat d'abord. Pour Marx, "
quel est le culte profane du Juif ? L'argent. Eh bien
! en s'émancipant du trafic et de l'argent, par
conséquent du judaïsme réel et pratique, l'époque
actuelle s'émanciperait elle-même "(12).
Toujours
dans La question juive, Marx écrit : " Dans sa
dernière signification, l'émancipation juive consiste à
émanciper l'humanité du judaïsme "(13). Plus
tard, dans "Le Capital", Marx confirme son antisémitisme
politique. Ainsi écrit-il que " toutes les
marchandises... sont de l'argent, des Juifs
intérieurement circoncis "(14), formule qui
fut modifiée dans les éditions postérieures à sa mort.
Certaines
branches du socialisme se montrent parfois antisémites.
C'est au nom du combat contre le judéo-christianisme et
le capitalisme que certains auteurs socialistes ont
développé une argumentation anti-juive, comme par
exemple Fourier et Proudhon.
A
la fin du XIXème siècle, Albert Regnard, dans la " Revue
socialiste ", fait l'éloge du livre " Aryens et sémites
" du raciste antisémite Drumont. Il écrit : " Le
livre de M. Drumont [...] a eu l'immense mérite de
ramener l'attention d'une génération trop indifférente
sur un de ces problèmes d'intérêt primordial dont la
solution importe le plus au bonheur du genre humain. En
tapant comme un sourd, en faisant jouer la mine dans
tous les coins, contre le judaïsme, ce démolisseur
forcené ne s'est pas aperçu qu'il ruinait du même coup
l'édifice catholique. [...] C'est aussi par ses
violentes attaques contre cet autre produit immédiat du
Sémitisme : le Capitalisme [...], d'autant plus que les
coups de fouet ne vont pas cingler le visage des seuls
fils d'Israël, mais encore d'un tas d'agiteurs
incirconcis, judaïsés par le christianisme !
"(15).
L'anti-judaïsme
et l'anticléricalisme ont parfois fait bon ménage du
côté de la gauche socialiste. L'alliance " droite-gauche
" (que rêvait Drumont) contre les Juifs n'a pas toujours
été qu'un mythe en cette fin du XIXème siècle, même si
elle n'a pas abouti.
Aujourd'hui,
cette alliance peut à l'occasion exister dans un
anti-sionisme partagé. Dans la famille socialiste,
l'antisémitisme ne se pose pas en doctrine officielle.
Alors que l'antisémitisme se rencontrait également à
gauche durant l'affaire Dreyfus, on mesure d'autant
mieux le courage d'un Zola qui s'engagea résolument, au
début assez isolé, dans la défense d'un Juif, des
Juifs...
Paradoxalement,
l'affaire Dreyfus, symbole de l'antisémitisme, sera
autant le reflet d'une xénophobie anti-juive politique,
religieuse et raciste, que du combat contre cette même
xénophobie
Aux sources de l'extrême-droite.
A
l'autre extrême, à droite, l'antisémitisme se fonde sur
une image du juif comploteur et dangereux pour la
société. Le pouvoir nazi voyait un danger chez les Juifs
en ce qu'ils, selon lui, dominaient le système
capitaliste. L'action des Juifs dans l'économie
représentait pour les nazis une menace pour l'Allemagne
et pour le monde. Notons que pour les nazis, les Juifs
étaient aussi un danger en tant qu'artisans du
bolchevisme.
Une vision
anti-juive paranoïaque, mais cohérente avec l'idée du
complot juif mondial. Nous touchons ici au caractère
irrationnel de l'antisémitisme. Où qu'ils soient, et ils
sont à peu près partout, les Juifs sont une menace pour
le monde. Encore le bouc émissaire...
En
plus de leur rôle dans l'économie et de leur rapport à
l'argent, les Juifs sont dangereux, pour
l'extrême-droite (mais aussi pour l'extrême-gauche), en
ce qu'ils sont bellicistes et poussent les dirigeants à
s'engager dans la guerre. Les Juifs ont pu ainsi être
désignés comme les responsables de la guerre de
1914-1918. Plus tard, dans les années trente, les nazis
dénoncèrent le complot juif conduisant les démocraties à
entrer en guerre contre le troisième Reich, faisant de
la 2ème Guerre Mondiale une " guerre juive ".
L'écrivain
antisémite Louis-Ferdinand Céline écrivait dans "
Bagatelles pour un massacre ", Paris Denoël,
1937, : " La guerre pour la bourgeoisie, c'était déjà
bien fumier, mais la guerre maintenant pour les Juifs !
(...) On s'est étripé toujours sous l'impulsion des
Juifs depuis des siècles et des siècles(...).
"(16)
L'un des
exemples les plus célèbres de cet antisémitisme
politique se trouve dans " Les Protocoles des sages de
Sion ", un texte vieux de près d'un siècle. C'est à la
fin du XIXème siècle à Paris qu'est écrit ce texte par
un agent au service de la police secrète tsariste. Ces "
Protocoles " sont le procès verbal d'une réunion de
dirigeants juifs qui cherchent à élaborer un complot en
vue de dominer le monde. Ces " Sages de Sion " cherchent
à déclencher le désordre social et la révolution. Ce
document, qui est en fait inspiré d'un pamphlet de 1864
contre Napoléon III (dans lequel il n'y a pas d'allusion
aux Juifs), sera publié en Russie en 1905 sans grande
audience. Le Tsar Nicolas II diligenta une enquête qui
établit qu'il s'agissait d'un faux. Mais les dirigeants
nazis (comme d'autres avant et après eux) s'inspireront
de ce faux, notamment Hitler dans son livre " Mein Kampf
".
La
croyance en une conspiration fomentée par les Juifs
influencera la politique anti-juive du régime nazi
jusqu'à la solution finale.
Aujourd'hui.
L'antisémitisme
politique n'est pas mort. Il est peut-être un de ceux
qui se portent le mieux. Lors de la crise financière
asiatique de 1998, le Président indonésien de l'époque,
Suharto, vit dans ce krach la main malfaisante des
Juifs. Durant la guerre en Irak en 2003, nombreux sont
ceux, et pas seulement dans les extrêmes, qui ont
dénoncé la main-mise du " lobby juif " sur le pouvoir
américain afin de le pousser à la guerre. Sans parler
des élucubrations largement médiatisées de certains sur
un complot juif lors des attentats du 11 septembre 2001
à New-York, ou encore la mort de Lady Diana.
L'antisémitisme
politique s'épanouit particulièrement bien à travers
l'anti-sionisme. Certains militants anti-israéliens de
tendance alter-mondialiste et néo-tiers-mondiste
désignent l'Etat d'Israël comme étant un Etat
impérialiste, un " maillon important dans la
mondialisation économico-financière ", mondialisation
qui menace le monde. L'Etat des Juifs est vu comme le
fer de lance du capitalisme et du colonialisme. Il est
vu comme un Etat par essence guerrier, qui met en danger
la stabilité et la paix mondiale.
Qu'ils
soient en diaspora ou citoyens de l'Etat d'Israël, les
Juifs mettent en danger la paix du monde, sauf une
petite minorité, comme certains aiment à le souligner,
précision invoquée pour ne pas être suspecté
d'antisémitisme... Depuis l'époque nazie, " Les
Protocoles des Sages de Sion " n'ont jamais vraiment
disparu. Cet écrit retrouve une nouvelle jeunesse dans
les milieux néo-nazis et dans bon nombre de pays arabes
où il est édité et vendu en librairie.
Fin 2002
pendant le Ramadan, " Le cavalier sans monture " un
feuilleton en 40 épisodes inspiré par ce texte, a été
diffusé sur des chaînes de télévision en Egypte, en
Irak, au Liban via la chaîne du Hezbollah, etc... Ce
feuilleton a été vendu dans 22 pays musulmans.
Pour
illustrer l'état d'esprit de cette production relevons
simplement que dès le premier épisode, une voix off
commente : " Les sionistes ont acheté la conscience
du monde avec leur argent... "(17).
En
ce début de XXIème siècle, l'antisémitisme politique est
particulièrement vivant à travers un anti-sionisme
militant que l'on rencontre dans une alliance informelle
que d'aucuns qualifient de " rouge (extrême-gauche)-brun
(extrême-droite)-vert (islamisme) ", même si ses
promoteurs se défendent énergiquement de tout
antisémitisme.
Pourtant,
force est de constater que cet anti-sionisme, fondé sur
une approche révisionniste de l'histoire et une
l'actualité interprétée de façon plus que partisane,
produit directement ou indirectement de la violence
anti-juive, tout comme l'anti-judaïsme chrétien par le
passé. Le caractère irrationnel, propagandiste et même
dans certains cas mensonger des condamnations sans
nuances ni mesures de l'Etat d'Israël sont un ferment
d'antisémitisme dont les fruits vénéneux se développent
sans réelles entraves.
Par exemple
que penser des propos de l'ambassadeur de l'Etat
français en poste en Grande-Bretagne à la fin des années
1990 qualifiant en public l'Etat d'Israël de " petit
Etat de merde " ? Cela en dit long sur l'esprit qui
peut régner au moins dans une partie de l'administration
française. Ce haut fonctionnaire n'a eu pour toute
sanction, qu'une simple mutation. Ne croyons pas que cet
anti-sionisme soit neutre. Il conduit des personnes
aussi reconnues que Edgard Morin (sociologue), Sami Naïr
(député européen) et Danièle Sallenave (Maître de
conférence à Paris-X-Nanterre) à écrire dans un grand
quotidien français (Le Monde, 4 juin 2002) que les
Israéliens (juifs, évidemment !) se sont transformés en
deux générations en " peuple méprisant ayant plaisir
à humilier "(voir l'excellent dossier constitué
par Metula News Agency, ndlr).....Sauf " une
admirable minorité " bien sûr ! Antisémites, nous ?
Enfin !...
L'antisémitisme
politique fonctionne en tandem, en France tout
particulièrement, dans de nombreux médias qui,
consciemment ou non, sous couvert d'une liberté de
critiquer la politique israélienne (liberté par ailleurs
légitime), alimentent un regard plus que réprobateur sur
l'Etat d'Israël en véhiculant une information qui
s'apparente plus à une propagande anti-israélienne qu'à
une véritable information.
Pour
exemple, nous retiendrons quelques cas récents comme la
désinformation sur le siège de la Basilique de la
Nativité à Bethléem en 2002, faisant passer l'armée
d'Israël pour des profanateurs de lieux saints, les
soi-disant viols de femmes arabes par les soldats
israéliens ou le soi-disant massacre de Jénine (2002),
ou encore la " fausse-vraie mort " du petit Mohamed A
Dura (symbole de la 2ème Intifida en l'an 2000), faisant
de Tsahal une armée sanguinaire abattant froidement des
enfants désarmés, etc...
Cela va
jusqu'à " nazifier " l'Etat d'Israël.
Les
exemples d'informations tronquées, biaisées, ou
simplement fausses et non rectifiées, sont fréquents
dans le paysage médiatique français. Mentionnons encore,
plus près de nous, ce reportage de France 2 en février
2004 montrant de façon mensongère les soldats israéliens
comme des assassins sadiques d'enfants arabes, dans une
société israélienne indifférente. Version moderne du
meurtre rituel ? Du Juif bouc émissaire nous passons à
la dimension de l'Etat (d'Israël) bouc émissaire, celui
dont la disparition réglerait tant de problèmes...
L'ancien
Secrétaire général de l'ONU, Boutros Boutros Ghali
n'a-t-il pas dit que si cet Etat posait tant de
problèmes, il vaudrait mieux qu'il n'existe plus ? Une
pensée qui n'est assurément pas isolée.
IV - L'ANTISEMITISME
MUSULMAN
A l'origine
L'origine
de l'antisémitisme musulman se trouve dès la naissance
de l'islam. Ce dernier est né en grande partie contre le
judaïsme jugé infidèle. Très tôt dans l'islam, comme
pour le christianisme, un regard de condamnation s'est
construit contre les Juifs.
Mis à part
quelques rares versets favorables aux gens du Livres
(juifs et chrétiens), le Coran contient une liste
impressionnante de griefs portés à l'encontre de ceux
qui ont perverti la foi au dieu unique, à savoir les
chrétiens, mais surtout les Juifs. Ces derniers sont
menteurs, hypocrites, falsificateurs des Ecritures,
fourbes, etc.... Ils incitent sournoisement à quitter la
vraie foi et sont, en cela, un danger mortel pour le
vrai croyant, c'est à dire le musulman.
Durant leur
guerre de conquête au VIIème siècle, les musulmans se
sont heurtés à une tribu juive, dans l'oasis de Kaybar
(péninsule arabique). Ils ont alors conclu un traité de
paix, rompu peu de temps après quand les forces
musulmanes furent suffisantes. Les Juifs devinrent alors
des sujets protégés sous le pouvoir islamique, avec une
certaine liberté religieuse précaire, et contraint à
payer l'impôt des soumis. C'est à la suite de cet
épisode que les musulmans élaborèrent le statut de "
dhimmi " (protégé soumis) qui touche jusqu'à aujourd'hui
les juifs et chrétiens notamment, vivant sous un pouvoir
islamique.
Cet état de
citoyen de seconde zone ne touche pas que les Juifs et
on ne peut y voir forcément une réelle cause
d'antisémitisme. Néanmoins, le statut de dhimmi a
largement contribué à cultiver dans la société musulmane
un regard négatif et péjoratif à l'égard des Juifs.
Comme pour
le christianisme, ce regard a nourri et nourrit encore
une sorte d' " enseignement du mépris ", pour reprendre
la formule de Jules Isaac. Ainsi, " juif " est une
insulte banale dans bon nombre de pays arabo-musulmans.
La
condition de dhimmi subie par les Juifs a recouvert
différents aspects, depuis les situations relativement
favorables jusqu'aux situations d'humiliations et de
persécutions, selon les époques, les lieux et les chefs
en place. Elle a été un terreau utile au développement
d'un antisémitisme musulman traditionnel.
De nos jours
L'élément
le plus propice à l'antisémitisme musulman se trouve
dans le discours religieux. Celui-ci est conforté par
des arguments politiques depuis la naissance du sionisme
moderne à la fin du XIXème siècle, et ce jusqu'à
aujourd'hui à travers le conflit israélo-arabe.
Se
développe, depuis le XIXème siècle, un antisémitisme de
plus en plus virulent dans l'ensemble du monde
arabo-musulman. En témoignent le surnom donné aux Juifs
de Palestine au début du XXème siècle, " l'enfant
mort-né ", les pogromes de 1921 à Jérusalem,
1929 à Hébron etc... jusqu'aux prêches anti-juifs
actuels dans des mosquées des pays arabes et
l'antisémitisme présents assez abondamment dans des
médias arabes.
De
même que des liens se sont créés entre une chrétienté
intégriste antisémite et le nazisme, des liens ont pu se
créer (et se créent encore ) entre un islam intégriste
antisémite et le nazisme (ou néonazisme aujourd'hui).
Dans les
années 1930, le leader arabe palestinien Hadj Amin El
Husseini, Mufti de Jérusalem, forma un mouvement de
jeunesse sur le modèle des jeunesses hitlériennes,
mouvement qu'il baptisa les " scouts nazis ".
Admirateur
d'Hitler, Al Husseini déclara au nouveau consul
d'Allemagne en 1933, juste après la prise de pouvoir des
nazis : " Les musulmans de Palestine et d'ailleurs
accueillent favorablement le nouveau régime en Allemagne
et espèrent voir s'étendre le système gouvernemental
fasciste antidémocratique aux autres pays. "(18) Son
combat contre le sionisme revêtait une dimension à la
fois politique et religieuse radicalement anti-juive.
Plus près de nous, voici ce que l'on peut entendre lors
de prêches prononcés à La Mecque en 2002 : " Lisez
l'histoire. Vous verrez que les Juifs d'hier étaient
mauvais et que ceux d'aujourd'hui sont pires encore. Ce
sont des assassins de prophètes. Ils sont la lie de la
terre. Dieu a déversé sur eux ses malédictions et ses
indignations. Il a fait d'eux des ânes, des porcs et des
adorateurs de tyrans. Les Juifs, d'une génération à
l'autre, ne sont que grossièreté, ruse, obstination,
tyrannie, méchanceté et corruption. Ils répandent la
corruption sur la terre. "(19).
Ces propos
ne reflètent évidemment pas l'islam dans sa totalité,
mais ils sont loin d'être un cas isolé, notamment dans
le monde arabe. Ils reflètent une montée de
l'antisémitisme exacerbée par l'échec des Etats
arabo-musulmans dans leur développement socio-économique
et dans le conflit israélo-arabe.
L'existence
de l'Etat d'Israël est vécue dans une large part de
l'islam comme une honte, une insulte et une menace. Le
mécanisme du bouc émissaire fonctionne à plein régime
dans les sociétés arabo-musulmanes actuellement,
particulièrement à travers des médias, mécanisme étayé à
la fois par l'antisémitisme musulman traditionnel et
l'alibi que représente le conflit
israélo-arabe.
Dans la
foulée de la guerre israélo-arabe de 1967 dite des " 6
jours ", se réunit à l'université Al Azhar (la plus
grande université sunnite ) en Egypte une conférence
organisée par l'Académie de Recherche islamique.
Certains discours qui y ont été prononcés reflètent cet
antisémitisme exacerbé tel que celui du Professeur
Abdoul Sattar El-Sayed, Mufti du Tursos en Syrie : "
Le Coran a dressé un sombre tableau des Enfants
d'Israël, ne les montrant que sous forme de horde
dispersée, possédée par une âme pernicieuse qui évite
tout ce qui est bon et apporte le désastre à tout ce qui
est dans le droit chemin. La description coranique des
enfants d'Israël n'est pas la description d'un phénomène
qui serait apparu durant l'ère de la Prophétie, mais
plutôt d'une tare ancienne transmise depuis des âges par
une génération de Juifs à l'autre.(...) Qui plus est,
les Juifs devinrent fourbes et perfides, sanctionnèrent
toutes les actions interdites et prétendirent ensuite
qu'elles leurs avaient été ordonnées par Dieu et étaient
prévues par la loi. En agissant ainsi, ils désiraient
conférer à ces péchés et à ces vices un caractère
sacré.(...). "(20).
Les propos
qui vont suivre sont de M. Kamal Ahmad Own,
Vice-Directeur de l'Institut de Tanta : " Le vice, la
perversité, le parjure et l'idolâtrie de l'argent sont
des caractéristiques inhérentes aux Juifs. Ils ont été
souvent punis pour leurs vices, mais jamais ils ne se
sont repentis ou n'ont voulu renoncer à leur nature
pécheresse. Ils ont usurpé la Palestine à ses
propriétaires légitimes, faisant le mal, versant le
sang, éventrant les femmes enceintes, faisant sauter les
villages, défiant l'opinion mondiale et s'en
moquant. "(21).
Ces
extraits de discours illustrent l'état d'esprit qui peut
régner dans une partie importante du monde
arabo-musulman, état d'esprit qui ne cesse de s'aggraver
aujourd'hui. L'antisémitisme musulman se nourrit
d'éléments politiques issus des milieux néo-nazis, en
particulier le révisionnisme.
Les
articles qui nient ou ''trafiquent'' la Shoa sont
nombreux dans les médias arabes et rencontrent assez peu
de contre-pouvoir. L'auteur révisionniste Roger Garaudy
a une grande audience dans le monde arabe actuellement,
jusqu'au plus haut niveau des hiérarchies politiques et
religieuses. Ce révisionnisme peut parfois aller très
loin. Dans la société arabe palestinienne, des personnes
très en vue telles que Y.Arafat ou le Mufti de Jérusalem
Ikrama Sabri, nient à peu près toute l'histoire juive
palestinienne et l'existence d'un temple juif à
Jérusalem. Pour eux il n'y a aucun lien historique entre
la terre de Palestine et le peuple juif, si tant est
pour eux que le peuple juif existe. La Charte de l'OLP,
qui date de 1968 et qui est toujours en vigueur, prône
l'élimination de l'Etat d'Israël dans ses articles 21 et
22.
Elle
contient des éléments révisionnistes qui nient l'idée
même de peuple juif et le lien historique entre ce
peuple et la terre d'Israël-Palestine.
A
l'article 20 nous trouvons : " Les prétentions
fondées sur les liens historiques et religieux des juifs
avec la Palestine sont incompatibles avec les faits
historiques et avec une juste conception des éléments
constitutifs d'un État. Le judaïsme, étant une religion,
ne saurait constituer une nationalité indépendante. De
même, les juifs ne forment pas une nation unique dotée
d'une identité propre, mais ils sont citoyens des États
auxquels ils appartiennent. ".
Ce
révisionnisme a pesé lourd lors des dernières
négociations de Camp David en 2000, et représente un
réel handicap dans le processus de paix.
Nous
pourrions allonger la liste des exemples d'antisémitisme
aujourd'hui dans le monde arabo-musulman, depuis les
manuels scolaires palestiniens mis en œuvre en 1995 et
instruisant ses lecteurs à la haine des Juifs (manuels
révisés récemment suite à des pressions internationales,
mais contenant toujours des incitations à la haine et à
la non reconnaissance de l'Etat d'Israël, appelé entité
sioniste), jusqu'à l'islam intégriste appelant à la
destruction des infidèles (appelés aussi les croisés !)
dont les Juifs sont la cible prioritaire.
Dans la
Charte du Hamas à l'article VII nous pouvons lire : "
Le prophète, que la prière et la paix soient pour
lui, a dit : Le temps ne viendra pas avant que les
musulmans combattent les juifs (et les tuent) ; jusqu'à
ce que les juifs se cachent derrière des rochers et des
arbres, qui eux-mêmes appelleront : Ô musulmans, il y a
un juif qui se cache derrière moi, viens et tue-le !
".
Plus loin à
l'article XXVIII, nous lisons : " Les juifs ont
fomenté la Révolution française et ils ont établi des
sociétés secrètes, dont le but est de détruire les
communautés humaines et qui sont : La franc-maçonnerie,
les Clubs du Rotary, le Lion (...) Ces sociétés secrètes
sont les espions des juifs. ". Bel exemple
d'alliance entre l'antisémitisme islamique et
l'antisémitisme politique.
Quand le
ministre syrien de la Défense, Mustapha Tlass, déclare
le 5 mai 2001 sur la chaîne de télévision LBC : " Si
chaque Arabe tuait un Juif, il ne resterait plus de
Juifs "(22), il exprime ouvertement une
pensée qui hélas se répand dans le monde arabo-musulman
et qui correspond à la " solution finale " version
arabo-musulmane.
A
côté des actes antisémites d'extrême-droite, la plupart
des actes antisémites perpétrés en France depuis un
certain nombre d'années, sont le fait de personnes
musulmanes ou d'origine musulmane. Ces actes sont
nourris d'une réprobation, voire une diabolisation
absolue, sans nuance et sans recul aucun, de l'Etat
d'Israël et par là, des Juifs, réprobation régulièrement
importée en France.
Ces échos
du conflit israélo-arabe, amplifiés par les médias,
suscitent chez les auteurs de ces actes antisémites, un
réflexe d'identification aux Arabes palestiniens
victimes de la soi-disant barbarie israélienne, c'est à
dire juive. Ces échos ravivent et alimentent
l'antisémitisme musulman traditionnel, qui décrit le
juif comme un être malfaisant et ennemi d'Allah, ou qui,
à tout le moins, entretient une culture du mépris plus
ou moins appuyée, chez de nombreux adeptes de l'islam.
Il
nous faut préciser aussi que le monde musulman ne
cultive pas, dans son intégralité, cet antisémitisme
religieux et politique. Concernant le sionisme,
certaines autorités musulmanes expliquent même que le
retour des Juifs sur leur terre est un signe de la fin
des temps et que c'est être fidèle à l'islam que de ne
pas s'y opposer. L'universitaire musulman italien Cheik
Abdul Hadi Palazzi, sunnite, ou encore Cheik Abdul Aziz
Bukhari, qui dirige l'Ordre soufi en Israël, sont de
cette mouvance.
Sans
oublier qu'un certain nombre de pays musulmans sont
favorables à des relations avec l'Etat d'Israël (la
Jordanie, l'Azerbaïdjan, l'Indonésie d'Abdurrahman
Wahid, le Maroc, entre autres...). Enfin, certains chefs
religieux musulmans tels que Dalil Boubakeur (sunnite)
en France, ou Mehemet Selim (soufi) en Turquie, par
exemple, sont de sincères défenseurs du respect des
Juifs.
Il
a fallu la Shoa, près de 6 millions de Juifs assassinés
en Europe pour que les Eglises occidentales, l'Eglise
romaine en particulier (soit près des deux tiers des
chrétiens de la planète), sortent de plusieurs siècles
d'égarement spirituel et rompent avec l'enseignement du
mépris et l'antisémitisme, même si quelques ''résidus''
subsistent.
Faudrait-il
une catastrophe d'ampleur équivalente pour que l'islam,
dans sa grande majorité, sorte lui aussi de son
aveuglement et de cet égarement meurtrier ?
V - Un antisémitisme juif
?
Ce
dernier chapitre peut paraître choquant. Et pourtant.
L'outrance, la condamnation abusive et irrationnelle de
Juifs par d'autres Juifs ou de l'Etat d'Israël par des
Juifs antisionistes, est bel et bien une réalité.
On
s'inquiète à juste titre de ce que l'Etat d'Israël est
"nazifié" dans des milieux arabes ou gauchistes
propalestiniens. Mais cette nazification a débuté il y a
des dizaines d'années par des Juifs ultra-orthodoxes
inscrivant des croix gammées sur les murs de leur
quartier à Méa Shéarim à Jérusalem, leur pacifisme ne
pouvant supporter que des Juifs, l'Etat d'Israël,
utilisent comme les autres Etats la force militaire pour
exister.
Sur un tout
autre plan, nous avons tous en mémoire les images
choquantes d'Itzhak Rabin grimé en Hitler, pour dénoncer
son engagement dans les accords d'Oslo. Cette
condamnation haineuse a bel et bien abouti à
l'assassinat d'un Juif par un autre Juif fanatique.
Enfin,
parmi les ennemis les plus redoutables de l'Etat
d'Israël se trouvent des Juifs antisionistes prêts aux
discours les plus extrémistes et aux alliances les plus
douteuses pour détruire l'image et la légitimité
d'Israël. Ces Juifs, très minoritaires, haineux contre
le sionisme et l'Etat d'Israël ne sont pas tous laïques
voire déjudaïsés. Les militants propalestiniens
antisionistes qui ont manifesté à Durban en 2000,
militants laissant libre cours dans bien des cas à leur
haine d'Israël, ont trouvé néanmoins des rabbins pour
défiler avec eux.
Les forces
de destruction sont à l'œuvre partout, y compris au sein
du peuple juif lui-même. Parler d'antisémitisme juif
n'est peut-être pas pertinent. Mais certains Juifs
peuvent être antisémites. Il existe bien des forces
destructrices à l'œuvre dans la famille, comme dans
toute famille. Des forces qui peuvent se révéler d'une
certaine manière suicidaires.
Conclusion
L'antisémitisme
refait surface, on ne peut en douter. Il s'appuie
souvent sur des arguments antisionistes, voulant faire
croire à une critique de l'Etat d'Israël quand le
discours véhicule en fait des paroles haineuses,
irrationnelles et propices au développement de
sentiments anti-juifs. On aurait tort de sous-estimer la
capacité persuasive et séductrice des arguments
antisémites et antisionistes. Cette séduction est
réelle, tant pour les croyants que les
athées.
L'argumentaire
est riche et détient un réel pouvoir de persuasion
auquel il n'est peut-être pas toujours aussi facile de
résister, notamment quand on se veut ouvert, humaniste
(la cause arabe palestinienne et toutes les souffrances
de ce peuple n'invitent-t-elles pas à s'engager contre
Israël ?), et que l'on refuse par principe de s'enfermer
dans une quelconque idéologie sioniste qui peut parfois
être fanatique ou idolâtre. Le seul antidote à ce
mensonge séducteur et meurtrier est le recours à la
vérité d'une part (l'usage du mensonge peut être
démasqué objectivement) et à la raison d'autre part.
Car ce qui
caractérise l'antisémitisme, ou l'antisionisme (d'aucuns
parlent maintenant " d'antisiomisme "), outre le
mensonge, est son côté irrationnel, obsessionnel et
passionnel où les sentiments dominent la raison et
l'intelligence. Une voie de " déshumanisation " en
quelque sorte.
Une voie où
le simple agacement suscité par le Juif (habillement,
culte singulier, attachement à la tradition, réussite du
sionisme et de l'entreprise israélienne, victoires
militaires, ...) se transforme insidieusement en rejet
et en haine de celui qui est décidément différent.
Il
y a dans l'antisémitisme l'inacceptabilité du
''phénomène juif'', de ces personnes " mises à part ",
de gré ou de force, en tant que peuple, mais aussi en
tant qu'Etat.
Jean-Daniel
Chevalier © Primo Europe
NOTES :
1
Les israélites adorent un dieu invisible et unique, en
opposition aux païens qui adorent plusieurs divinités
visibles et palpables. Les israélites étaient donc vus
comme un peuple sans dieu.
2
Epître aux Romains, A. Maillot, Ed Labor et Fides, Le
Centurion.
3
Les catastrophes de 70 et 135 sont respectivement la
destruction du Temple et la dernière révolte armée juive
face aux Romains menée par Bar Kohkba et qui s'achève
par un bain de sang.
4
Que Sais-je N° 2039, PUF, 1993.
5
Capitale Jérusalem, Claude Duvernoy, Ed Atlantic, Paris,
1988.
6
Marcion ( 2ème siècle) conçu un christianisme débarrassé
de l'Ancien Testament et d'une partie du Nouveau
Testament. Il y avait selon lui un dieu mauvais qui
avait donné la Loi juive et le dieu bon qui a envoyé
Jésus-Christ. Cette tentation marcionniste refait
surface actuellement dans le sillage du conflit proche
oriental.
7
Les Juifs chez les chrétiens, Jean Letellier, Ed
Centurion, Paris, 1991.
8
Que Sais-je N°1801, PUF.
9
Les grandes questions juives, Nicolas Baudy, Ed
Planète,1968.
10
Les Juifs chez les chrétiens, Jean Letellier, Ed
Centurion, 1991.
11
Que Sais-je N°1801, PUF.
12
Ibid
13
Ibid
14
Ibid
15
L'HISTOIRE N°269, Octobre 2002.
16L'Arche , Mai 2003.
17
Reportage, 15/11/02 Proche-Orient.Info.
18
Victimes, Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste,
Benny Morris, Editions complexe, 2003
19
Cheick Abdel-Rahman Abdel-Aziz Al Soudaïs, L'Arche,
Mai-Juin 2002.
20
Les Juifs et Israël vus par les théologiens arabes,
Extraits des procès verbaux de la 4ème Conférence de
l'Académie de Recherche islamique 1968, Ed de l'Avenir,
1974.
21
Ibid
22
L'HISTOIRE N°269, Octobre 2002.
Bibliographie
L'Histoire N°269, Octobre 2002
L'Arche N° 523, Septembre 2001
L'Arche N° 531-532, Mai-Juin 2002
L'Arche N° 543, Mai 2003
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l'antisémitisme, Paris : Que sais-je ? 2039, PUF, 1993
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Bat
Ye Or, Les chrétiens d'Orient entre djihad et
dhimmitude, Paris : Cerf, 1991
Extraits des procès verbaux de la 4ème
Conférence de l'Académie de Recherche islamique
(1968),Les Juifs et Israël vus par les théologiens
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Alphonse Maillot, L 'Epître aux Romains, Labor
et Fides le Centurion
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Jean-Pierre Allali, Les habits neufs de
l'antisémitisme, Paris : Desclée de Brouwer, 2002
René Girard, Le bouc émissaire, Grasset, 1982
Benny Morris, Victimes, histoire revisitée du
conflit arabo-sioniste, Editions complexe, 2003
Pierre-André Taguieff, La nouvelle judéophobie,
Paris : Mille et une nuits, 2002)